EXTRAIT DE L'ODYSSÉE DU TOUR DE FRANCE 1987 CHAPITRE 1

Publié le par Patrick BERNARD

Bernard Vallet

Bernard Vallet

(la mise en forme n'est pas celle du livre, mais celle de l'éditeur de texte de l'hébergeur du site)

 

Chapitre 1

Orage et abordage à Blagnac

 

 

15e étape : Tarbes – Blagnac 164 km, 1300 m de dénivelée

 

 

Classement général au départ de l’étape

 

                                  1 Charly Mottet                         12 Laurent Fignon      10’15

                                  2 Jean-F Bernard        1’13        13 Beat Breu              10’20

                                  3 Stephen Roche        1’26        14 Alberto Camargo   10’29

                                 4 Pedro Delgado        4’21         15 Federico Echave    10’49

                                 5 Robert Millar           4’42        16 Fabio Parra            10’50

                                 6 Pablo Wilches          5’42        17 Marino Lejarreta    11’24

                                 7 Urs Zimmermann    7’29        18 Cl Criquielion        12’27

                                 8 Raul Alcala              8’18        20 Erik Breukink        14’07

                                 9 Luis Herrera            8’34        22 Niki Rüttimann     14’24

                                10 Andrew Hampsten 8’44         23 Anselmo Fuerte     14’55

                                11 D Otto Lauritzen    8’58         38 Martin Ramirez     23’03

 

 

      « Je n’avais jamais vu quelque chose de semblable », écrit le journaliste Jacques Goddet le soir de la 15e étape Tarbes – Blagnac de son dernier Tour de France. Trop jeune pour avoir vécu de l’intérieur la terrible étape Bayonne – Luchon du Tour 1926, assurément la plus dantesque de l’histoire de la Grande Boucle, on peut faire confiance au directeur semi-séculaire de l’épreuve pour mesurer les propos de ses immuables réflexions quotidiennes dans son journal L’Équipe.

 

      Les faits qualifiés se déroulent alors que les premiers coureurs ont parcouru 110 km. L’allemand Rolf Gölz, l’irlandais Martin Earley et le français Roland Le Clerc ouvrent la route, 20 minutes devant le peloton assagi au lendemain des batailles pyrénéennes. Sans aucun doute, la victoire dans cette étape de transition sera, 54 km plus loin, pour un de ces trois excellents coursiers. Le haut du classement général, les trente premiers, restera inchangé.

 

      Les deux derniers Tours de France ont été régentés par Bernard Hinault et Greg LeMond, appuyés par une surpuissante bien qu’artificielle équipe La Vie Claire. L’armada avait été montée au forceps financier pour satisfaire l’envie d’effervescence médiatique de l’homme d’affaires Bernard Tapie. Hinault a clôturé sa carrière en novembre 1986. Il y a trois mois, un accident de chasse a mis fin à, au mieux, la saison de LeMond.

Vainqueur des Tours de France 1983 et 1984, Laurent Fignon semble avoir enfin retrouvé la santé qui lui a fait défaut en 1985 et 1986.

      Mais le vide a appelé la naissance d’autres ambitions, venant de l’extérieur, d’Irlande, de Colombie, d’Espagne, d’Écosse, de Suisse, mais aussi de l’intérieur, de France et des States. Et la détente offerte par le terrain provisoirement aplani de l’étape Tarbes – Blagnac n’est, à l’évidence, qu’une trêve dans la guerre de succession d’un cyclisme en bouleversements.

 

      Le vélo est un sport d’étincelle, où le calme n’est souvent qu’apparence, la tempête toujours menaçante. Respectant les usages, l’équipe du Maillot Jaune fait naturellement le tempo en tête du peloton, mais la menace de nuages noirs, maintenant accompagnés des prémisses d’un vent d’orage, a suscité quelques mouvements en son sein. L’atmosphère s’électrise.

      Nous sommes le 15 juillet 1987. Il est 16 heures. Un éclair a précédé un grondement ; de très peu. Boutefeu surexcité, lancé par son équipier Thierry Marie en poursuiteur, Laurent Fignon a pris la tête et enroule maintenant son plus grand braquet. Habillé de jaune, son leader Charly Mottet est dans sa roue. Le peloton est en ligne ultra-tendue. Brutalement, l’orage éclate. Le ciel s’ouvre, déverse des trombes d’eau. En quelques minutes, la route est submergée. Le liquide ne s’évacue plus. Il monte par endroits jusqu’à 30 cm, noyant le pédalage, freinant l’avancée, perturbant l’équilibre. C’est la débandade. Des coureurs font des écarts, les voitures et les motos gênent, des pieds sont posés à terre. Le tonnerre est assourdissant. Des éclairs lézardent la nuit soudainement tombée sur Bragayrac. Le vent souffle en tempête.

      Laurent Fignon est transcendé. En extase, le Grand Blond est enfin de retour. Il est secondé par un allié inattendu, un monstre de puissance, un batave expert en stratégie venu du cyclisme guerrier du vent et de la pluie : Gerrie Knetemann.

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Arsenio Chapparo

Arsenio Chapparo

Publié dans Extrait

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