JEAN-FRANCOIS BERNARD A PROPOS DES TOURS DE FRANCE 1987 ET 2017

Publié le par Patrick BERNARD

Jean-François Bernard juste après son incident du Col de la Bataille au Tour de France 1987. La tension musculaire (très visible dans les bras du coureur) et les regards témoignent de sa détermination.

Jean-François Bernard juste après son incident du Col de la Bataille au Tour de France 1987. La tension musculaire (très visible dans les bras du coureur) et les regards témoignent de sa détermination.

Interview de Jean-François Bernard paru dans le site be-celt le 1er juillet 2017.

 

Jean-François Bernard, quelle est la différence entre le Tour de France des années 80-90 et celui que vous allez commentez cette année ?

Jean-François Bernard;  » Ca n’a plus rien à voir. Ce sont 2 mondes différents, 2 cultures et des histoires qui ne se ressemblent pas. Tout a changé, le Tour de France est devenu aseptisé, neutre… Oui,  à tous les niveaux. Quelques managers ont ce seul objectif de la saison, celui de gagner le Tour. A mon époque, on courait toute la saison et les objectifs n’étaient pas que les grands tours. Je ne dis pas que c’était mieux avant mais il y avait un peu plus de bagarre, de générosité dans l’attaque et de spectacle à une époque. Maintenant, la plus grosse équipe contrôle et cadenasse. En début de tour, on va assister à des échappées qui n’iront jamais au bout puis on va frémir quelques secondes sur le sprint massif.  Dans la montagne, surtout aux planches de Belles Filles dès la fin de semaine prochaine, le tour se perdra pour nombre d’entre eux, mais attention il ne sera pas encore gagné. On peut perdre facilement un tour sur ce genre d’étape mais pas le gagner. Ensuite, tout se fera dans la haute montagne, on verra mais cela risque d’être comme les années précédentes je pense. Une équipe qui va tout contrôler et d’autres qui vont se battre pour les places suivantes.  »

 

« On peut dire que ça manque de panache maintenant »

Eddy Merckx pense que le cyclisme actuel offre moins de suspense et qu’il est moins spectaculaire. Qu ‘en pensez vous ? 

Jean-François Bernard;  » Oui, je suis d’accord avec lui. Mais l’espoir est là, on a quand même assisté à un beau Giro avec des étapes difficiles et des attaques de toutes parts, il était passionnant ce Giro 2017! Tout comme Le Dauphiné Libéré qui a été de toute beauté aussi avec cette victoire d’un beau Fulsang au dernier round, c’était une belle bagarre. Mais le Tour de France est vraiment différent. D’une, il a lieu en juillet et non en mai comme le Giro. Et cette période reste celle des vacances et donc beaucoup plus de spectateurs regardent  le tour. Du coup, ça implique une énorme pression médiatique et cela génère des enjeux vraiment plus importants pour les managers et leurs sponsors. Du coup, depuis quelques années, le facteur risque n’a plus de place et il n’y a plus d’audace chez les coureurs. Quand Chris Froome aura le maillot jaune, les autres se disputeront les places d’honneur. La dernière fois que j’ai assisté à une vraie bagarre, c’était sur le Tour 2010 avec Andy Schleck et Alberto Contador sur les pentes de Saint-Jean-de-Maurienne*. Aujourd’hui, on court pour conserver ses places au général mais plus pour risquer de tout perdre en allant chercher  la plus haute marche. On peut dire que ça manque de panache maintenant.  »

 

 

 

Chris Froome remportera t-il son 4ème tour de France ? 

Jean-Françis Bernard.  » L’équipe Sky n’est plus aussi dominatrice que les années précédentes mais le Tour reste leur principal objectif de la saison. Tout est calculé pour ce tour et rien que ce tour avec la meilleure équipe autour de Froome. Une fois qu’il aura le maillot jaune, si jamais il réussi à l’avoir, cela sera dur de le lui enlever. Mais en même temps, il faudra faire attention  tout de même à  Richie Porte qui nous a montré qu’il  était vraiment en forme sur le Dauphiné, mais le Tour dure 3 semaines. et il faut être toujours au top durant cette période. Pour ce qui concerne Alberto Contador, je ne pense pas qu’il soit en mesure, à l’heure actuelle, de jouer la gagne au général tout comme Nairo Quintana.  »

 

Quel est votre plus beau souvenir sur le Tour de France; ?

Jean-François Bernard,  » Mes victoires d’étapes bien sûr comme celle à Dijon lors de la 24 ème étape en 1987. Je me battais contre Charly Mottet et au final je bats Roche et Delgado aussi.  Mais en fin de compte tout celles que l’ont obtient avec l’équipe comme la victoire au général de Greg Lemond reste aussi un très beau souvenir  comme celles de Miguel Indurain quand j’étais à ces côtés chez Banesto. Ce sont des moments intenses partagés entre tous avec tout autant de force  et que ce soit les miennes ou celles de Greg, Miguel et d’autres équipiers, elles ont toutes la même importance au fond de moi. « 

* Jeff évoque l'attaque des deux coureurs dans le Col du Galibier.

Publié dans Interview

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